du Repentir

3-DU REPENTIR

« DU REPENTIR » SAINT IGNACE BRIANTCHANINOV

« L’âme qui se sait obligée de confesser ses péchés, dit le même saint Père, est retenue, comme par un frein, de commettre à nouveau les mêmes péchés ; au contraire, nous commettons sans crainte les péchés que nous n’avons pas confessés, car nous demeurons dans les ténèbres.
La confession des péchés détruit l’intimité que nous avions avec eux. La haine que nous leur témoignons est l’indice du véritable repentir, de la décision de mener une vie vertueuse.
Si tu t’es accoutumé aux péchés, confesse-les plus souvent, et tu seras bientôt délivré de leur domination, tu suivras avec facilité et allégresse le Seigneur Jésus-Christ.

Le sacrement de la confession absout résolument tous les péchés commis en parole, en acte ou en pensée. Pour effacer du cœur la propension au péché qui y est enracinée, il faut du temps, il faut demeurer continuellement dans le repentir. Un repentir constant réside dans un esprit contrit en permanence, dans la lutte contre ses pensées (logismoi) et ses sentiments, par lesquels se manifestent les passions tapies dans le cœur. »

 « Repentez-vous ! » Qu’est-ce que se repentir ? Cela veut dire reconnaître, regretter ses péchés, les abandonner et n’y point revenir, selon la réponse donnée par un grand et saint Père de l’Église. De nombreux pécheurs devinrent ainsi des saints, de nombreux hors-la-loi des hommes justes.

Pécheurs, reprenons courage ! C’est justement pour nous que Le Seigneur s’est fait homme. Il s’est chargé de nos maux avec une incroyable miséricorde. Cessons donc de tergiverser. Cessons de perdre courage et de douter. Emplis de foi, de zèle et de gratitude, abordons le repentir afin de nous réconcilier avec Dieu. « Quant au méchant, s’il renonce à tous les péchés qu’il a commis, observe toutes mes lois et pratique le droit et la justice, il vivra, il ne mourra pas. On ne se souviendra plus de tous les crimes qu’il a commis, il vivra à cause de la justice qu’il a pratiquée » (Ez 18, 21-22). Telle est la promesse que Dieu fait au pécheur, par la bouche de Son grand prophète. »

Mgr Kallistos Ware

« Mais qu’entend-on, en fait, par repentir? Ce mot évoque généralement le regret d’avoir péché, le sentiment de culpabilité, la sensation de peine et d’horreur face aux blessures que nous avons infligées à notre prochain et à nous-même. Une telle vision est cependant incomplète. Si la peine et l’horreur sont effectivement un élément essentiel du repentir, ils n’en sont pas pour autant la totalité, ni même la dimension la plus importante. Pour approcher le sens profond du repentir, un détour par le terme grec est nécessaire : métanoïa. Littéralement « changement de l’esprit » : non pas seulement regret du passé, mais transformation fondamentale de notre perspective, nouvelle manière de voir Dieu, autrui et nous-même. « Un acte de grande intelligence »7, comme le dit le Pasteur d’Hermas.

« Esprit nouveau », conversion, recentrage, le repentir est quelque chose de positif et non de négatif. Comme l’écrit saint Jean Climaque (+ env. 650) : « La pénitence est la fille de l’espérance, et le renoncement au désespoir. » (Jean Climaque, L’Échelle sainte).  Se repentir, c’est regarder non pas vers le bas, vers ses imperfections, mais vers le haut, vers l’amour de Dieu ; non pas en arrière, avec les reproches qu’on se fait, mais en avant, avec confiance. C’est regarder, non pas ce qu’on n’a pas réussi à être, mais ce qu’on peut encore devenir par la grâce du Christ.

Nombreux sont ceux qui se sentent tristes à cause de leur actes passés, mais qui disent dans leur désespoir : « Je ne peux pas me pardonner pour ce que j’ai fait ». Incapables de se pardonner, ils sont également incapables de croire que Dieu et d’autres hommes leur ont pardonné. Ces personnes, malgré l’intensité de leur angoisse, n’ont pas encore commencé à se repentir. Elles n’ont pas encore atteint la « grande intelligence » par laquelle un homme sait que l’amour est victorieux. Elles n’ont pas encore passé par ce « changement de l’esprit » qui consiste à dire : Je suis accepté par Dieu ; ce qui m’est demandé, c’est d’accepter le fait d’être accepté. Voilà toute l’essence du repentir. »

PSAUME 50
Supplication du roi-prophète David.
2. Quand Nathan le prophète vint le trouver, après qu’il eût
péché avec Bethsabée, la femme d’Urie.


3. Aie pitié de moi, ô Dieu, selon Ta grande
miséricorde
, et dans Ton immense compassion,
efface mon péché.
4. Lave-moi de plus en plus de mon iniquité, et de
mon péché purifie-moi.
5. Car je connais mon iniquité, et mon péché est
constamment devant moi.
6. Contre Toi seul, j’ai péché, et j’ai fait le mal sous
Tes yeux.
Ainsi, tu seras trouvé juste en tes paroles, et tu
seras vainqueur quand on te jugera.
7. Vois : dans l’iniquité j’ai été conçu, et dans les
péchés ma mère m’a enfanté.
8. Mais Tu aimes la vérité : Tu m’as révélé les
mystères et les secrets de Ta sagesse
.
9. Tu m’aspergeras avec l’hysope, et je serai purifié,
Tu me laveras, et je deviendrai plus blanc que la
neige.
10. Tu me feras entendre des paroles de joie et
d’allégresse, et ils exulteront, les os humiliés.
11. Détourne Ta face de mes péchés, efface toutes mes
iniquités.
12. Crée en moi un coeur pur, ô Dieu, et renouvelle en
ma poitrine un esprit droit.
13. Ne me rejette pas loin de Ta face, et ne retire pas
de moi Ton Esprit-Saint.
14. Rends-moi la joie de Ton Salut, et fortifie-moi par
l’Esprit souverain.
15. J’enseignerai Tes voies aux pécheurs, et les impies
reviendront vers Toi
.
16. Délivre-moi du sang, ô Dieu, Dieu de mon Salut,
et ma langue exultera pour Ta justice.
17. Seigneur, ouvre mes lèvres ; et ma bouche
annoncera Ta louange.
18. Si Tu avais voulu un sacrifice, je Te l’aurais offert,
mais Tu ne prends aucun plaisir aux holocaustes.
19. Le sacrifice qui convient à Dieu, c’est un esprit
brisé ; un coeur broyé et humilié, Dieu ne le
méprise point.
20. Accorde tes bienfaits à Sion dans Ta bienveillance,
Seigneur, et que soient relevés les murs de
Jérusalem ;
21. Alors Tu prendras plaisir au sacrifice de justice, à
l’oblation et aux holocaustes, alors on offrira de
jeunes taureaux sur Ton Autel.


Traduction du R.P. Placide (Deseille)

Archimandrite Vassilios Papavassiliou

Vicaire général de l’archidiocèse de Londres, Co-Secrétaire de l’Assemblée épiscopale pan-orthodoxe de Grande-Bretagne et d’Irlande, et le président de son Sous-Comité de l’éducation.

« Ce Psaume50 n’est pas simplement une expression de pénitence et de dégoût de soi. C’est l’immense sainteté de Dieu qui est la source de la profonde repentance, et ceci est en particulier lié à la venue du Saint Esprit. La récitation du Psaume 50 est une préparation pour l’épiclèse, lorsque nous appelons le Saint Esprit afin qu’Il change le pain et le vin en Corps et Sang du Christ. Et ainsi dans le Psaume 50, le prêtre dit : « Crée en moi un coeur pur, ô Dieu, et renouvelle en ma poitrine un esprit droit. Ne me rejette pas loin de Ta face, et ne retire pas de moi Ton Esprit-Saint. »

 

« C’est à cause de cette conscience d’être en présence de la sainteté que le Psaume 50 est loin d’être morbide et morose. Nous y sommes rappelés que la repentance trouve son accomplissement non pas en regardant en arrière vers nos péchés, en désespérant, mais en regardant vers l’avenir avec espérance et foi; non pas en regardant vers les flammes de l’Hadès, mais en regardant vers Dieu au Ciel. Nous sommes appelés à devenir ce que Dieu veut que nous soyons : saints. Dieu dit à Son peuple : « Soyez saints, car Je suis Saint » (Lév. 11,44). Et saint Pierre écrit « de même que Celui Qui vous a appelé est Saint, soyez vous aussi saints en tout ce que vous entreprenez, » et il continue en citant le Lévitique : « car il est écrit ‘Soyez saints, car Je suis Saint » (1 P 15-16). Saint Paul appelle les Chrétiens des « saints » .On nous rappelle cet appel à la sainteté jusque avant la Communion, lorsque le prêtre élève le Corps du Christ et proclame : « les saints Dons aux saints! »

« Le Psaume 50 n’est pas une prière de désespoir mais d’espérance : « Tu m’aspergeras avec l’hysope, et je serai purifié, Tu me laveras, et je deviendrai plus blanc que la neige. Tu me feras entendre des paroles de joie et d’allégresse, et ils exulteront, les os humiliés [..] Rends-moi la joie de Ton Salut, et fortifie-moi par l’Esprit souverain. J’enseignerai Tes voies aux pécheurs, et les impies reviendront vers Toi. » Il nous est aussi rappelé que Dieu écoute la prière du coeur contrit : « Si Tu avais voulu un sacrifice, je Te l’aurais offert, mais Tu ne prends aucun plaisir aux holocaustes. Le sacrifice qui convient à Dieu, c’est un esprit brisé ; un coeur broyé et humilié, Dieu ne le méprise point. »

« Car il n’y a que lorsque nous sommes en paix – avec Dieu, avec notre prochain, et avec nous-mêmes que nous pouvons dignement offrir notre Liturgie à Dieu, et, ce faisant, être dignes de recevoir le Corps et le Sang du Christ pour le pardon des péchés et la vie éternelle. Alors « Tu me feras entendre des paroles de joie et d’allégresse, et ils exulteront, les os humiliés, » et nous pouvons retourner dans le monde pour « raconter les grandes choses que Dieu a faites pour nous » (Lc 8,38). Et ainsi comblé de cette joie et allégresse divines, nous enseignerons « Tes voies aux pécheurs, et les impies reviendront vers Toi. » »

L’humilité  - père André

« Cette humilité n’est pas une vertu qui s’ajoute, c’est l’attitude foncière de l’âme sainte qui se voit dans la présence de Dieu, qui voit sa petitesse et sa faiblesse à elle et sa grandeur à Lui. Cette humilité est constamment inculquée, avec insistance, avec force, par tout l’enseignement moral et spirituel de l’Eglise orthodoxe. C’est elle qui resplendit avec tant de rayonnement, jointe à la douceur, la simplicité, la bienveillance et l’esprit de mesure et d’équilibre spirituel, sur le visage des pères du désert et dans la personnalité des grands saints et justes de l’Eglise russe. (…) L’abbé Dorothée (VI-VIIe siècles) dans ses homélies qui ont été considérées par l’Eglise d’Orient comme une des meilleures introductions à la vie spirituelle, nous donne toute une philosophie de l’humilité. Il compare les âmes à des arbres fruitiers. Quand ces arbres portent beaucoup de fruits, les branches, sous le poids, s’inclinent vers la terre ; par contre, les branches qui n’ont pas de fruits se dressent vers le haut. Il y a même des arbres aux branches desquels on attache des pierres pour les contraindre à s’incliner afin qu’elles portent des fruits. Il en va de même avec les âmes : quand elles s’humilient, elles deviennent riches en fruits, et plus elles le deviennent, plus elles s’humilient. C’est pourquoi plus les saints se rapprochent de Dieu, plus ils se voient pécheurs. Ainsi Abraham, quand il vit Dieu, s’appela terre et poussière (Gen. 18,27) et Isaïe, en voyant Dieu trônant dans sa majesté, s’écria : Je suis un réprouvé, un impur ! (Is. 6,5). »

« Un autre trait important est l’accent mis sur la douceur, la patience, la bienveillance et l’humilité (cf. Gal. 5,22) dans les rapports avec autrui. Supporter en toute humilité les injures et l’injustice et ne pas répondre au mal par le mal, mais tâcher de se concilier les hommes par la douceur et le bien qu’on leur fait. ».

La sobriété spirituelle

« Voici encore un trait qu’il faut relever dans cet enseignement, dans cet idéal et cette expérience de sainteté : c’est la sobriété spirituelle, l’accent d’une virilité modeste, pleine de discernement spirituel, jointe à une simplicité d’enfant, douce et bénigne, mais une simplicité qui appartient déjà aux hauteurs et touche au sublime. Le guerrier de Dieu doit être viril, et cette virilité doit être humble et sobre.

« Cette sobriété spirituelle qui va de pair avec cette vigilance du cœur, cette circonspection douce, humble et virile, nourrie d’une vie de prière incessante et inlassable, se manifeste aussi dans une grande méfiance vis-à-vis de tout émotionalisme religieux. »

La conversion intérieure

« Cet aspect, d’ordre émotionnel, a déjà été évoqué dans le paragraphe précédent. Nous y revenons ici, car nous pensons que la vie chrétienne devient véritablement authentique lorsque le cœur est profondément touché, dans la rencontre avec la grâce. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur (Matth. 6,21).

« On aura déjà compris que l’émotion dont il s’agit (ce terme doit être pris avec précaution) ne signifie pas sentimentalisme ni débordement incontrôlé. Ce n’est pas un sentiment qui vient des choses sensibles, visibles, mais des choses invisibles (cf. II Cor. 4,18), du mystère qui se manifeste et se dévoile. Il s’agit de la crainte de Dieu, du tremblement devant le sacré, des larmes du repentir, de la joie aux pieds du Seigneur miséricordieux, de l’ébranlement intérieur provoqué par la rencontre avec le Dieu vivant, le Dieu d’amour et de compassion… »

Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. (Ez. 36,26)

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