Pour une application de : Génèse 4 / 6-7 ( l’épreuve de Caïn )

4 causes dans la lutte que nous font les pensées

Aie pitié de moi, ô Dieu, selon Ta grande
miséricorde, et dans Ton immense compassion,
efface mon péché.
Lave-moi de plus en plus de mon iniquité, et de
mon péché purifie-moi.
Car je connais mon iniquité, et mon péché est
constamment devant moi.
Contre Toi seul, j’ai péché, et j’ai fait le mal sous
Tes yeux.
Ainsi, tu seras trouvé juste en tes paroles, et tu
seras sans reproche dans ton jugement.

Avant toutes choses, nous devons être clairs sur le fait que tout ce qui suit ce vit devant Dieu et que nous sommes pécheurs et pas seulement une étude de nous-mêmes comme si nous voulions acquérir de la sagesse pour résoudre nos problèmes.

4 causes engendrent dans l’Homme le mouvement des pensées :
La première est la volonté naturelle de « la chair », c’est-à-dire la vie naturelle prévue par Dieu pour l’âme et le noûs, qui est une « intelligence-intuition » différente de la capacité de raisonnement.
La seconde est l’imagination et l’impact des images et des pensées du monde en nous.
La troisième est la présomption ou illusion de croire que nous pouvons gérer les pensées, c’est-à-dire la rumination sur ce que le monde à impacté en notre âme et notre noûs.
La quatrième est l’attaque des démons qui nous suggèrent des pensées mauvaises et perverses.

Or, quand l’âme se met à vivre de la vie des 3 dernières causes, ce n’est plus là son état naturel.
Son état est de vivre de la communion à Dieu, de le louer, lui rendre grâce et d’offrir tout ce que nous pouvons créer de beau, de vraie et juste.
Si le cœur ( et nous comprendrons à la fin que ce n’est pas l’organe émotionnel) ne s’est pas appliqué à la connaissance de Dieu et de sa Révélation, il ne peut tenir face à l’impact de la seconde, troisième et quatrième causes.
Bombardé par les 3 causes, le cœur (lieu de la tension intérieure dans la souvenir de Dieu) ne médite plus les Mystères de Dieu, mais se retrouve envahit par une intelligence sans Dieu et une âme boulimique.
Une intelligence-noûs qui s’est transformée en imagination, rumination et asservissement impur.
L’intelligence peut devenir cela parce qu’elle a perdu la crainte de Dieu et parce que l’âme a perdu « l’ivresse » de la foi.

Alors le noûs et l’âme sont prisonniers de la maladie de la sensation.
La sensation d’autonomie au niveau du noûs, manifesté par la contradiction et la désobéissance.
La sensation de l’âme par l’imagination, l’exaltation.

Dans cet état d’existence il y a trois strates en nous :
« Je », ce que je suis réellement dans la vision de Dieu, qui je suis.
« Nous », ce que la culture, la famille, les études ont fait de moi.
« Légion », autant d’âme qu’il y a en moi de pensées, de sensations, de perceptions.
Alors, la question est : qui vit, qui prie, qui dit avoir la foi ? Qu’elle maladie de l’âme est le moteur de ma vie ? Mais poser cette question, cela ne doit pas être pour résoudre la maladie, car le malin va exalter notre raisonnement pour que nous travaillions seul et que nous n’invoquions pas l’aide du Seigneur, mais poser ces genres de questions est pour travailler à la distinction entre « je », « nous » et « légion », et c’est à cause ou grâce à cette distinction que nous ne nous retrouverons plus à dire lors de la confession : je ne sais pas quoi dire.

Saint Isaac le syrien, dans ses écrits « œuvres spirituelles », nous prévient concernant la sagesse du monde : « l’enseignement de la sagesse du monde, lequel dit mais ne fait pas, est comme un peintre qui dessine de l’eau sur les murs mais ne peut y étancher sa soif ».
Saint Jean Climaque dans « l’échelle sainte » nous dit :
« Celui qui souffre d’une maladie de l’âme et veut embrasser l’hésychia ressemble à un homme qui saute d’un bateau en pleine mer et s’imagine pouvoir revenir au rivage »
« Celui qui ne connaît pas encore Dieu n’est pas qualifié pour l’hésychia et s’expose à de nombreux dangers et perdent leur temps dans de multiples captivités et divagations. »

Nous commençons à parler un peu de l’intelligence-noûs déchue et comment elle affecte le cœur. Le cœur pollué désoriente et intensifie les passions de l’âme et les passions de l’âme pervertissent le noûs…la boucle est bouclée !
Par exemple un danger de l’intelligence-noûs déchue qui affecte notre relation à nous-même et envers les autres : nous croyons que nous acquérons la connaissance de notre monde intérieur avec notre raisonnement ou des méthodes analytiques, (alors que la vraie connaissance commence par la vigilance sur les pensées et la sobriété dans les sensations, par la confession et le repentir) or souvent, cherchant dans les méandres de l’âme par le raisonnement et la lutte, là où il n’y a ni compassion, ni amour, ni offrande de nous-mêmes, le regard « séparateur » que nous voulons appliquer sur toutes choses en nous, se transforme immanquablement en regard de jugement sur le frère, vu que nous voulons décrypter ses manquements quelconques.
Autre danger, ici à cause de la désunion entre l’intelligence-noûs et l’âme :
Pour les chrétiens encore dans toutes sortes d’illusions, de perceptions, qui semblent autant véridiques que l’Homme est amalgamé à tout cela : la religion devient un domaine exclusivement personnel au même titre que tout le reste, ainsi on arrive à une multiplicité de consciences : conscience religieuse, mystique, familiale, civique, etc…, ou bien : l’homme naturel est sans Grâce, et la Grâce est surnaturelle, alors si il n’y a pas de sensations, il n’y a pas de Grâce Divine, ni de présence Divine.
Monseigneur Jean de saint-Denis de bienheureuse mémoire disait : « on sent Dieu quand on ne sent rien ; toute sensation est relative à quelque chose d’inférieur. »

Nous nous rendons compte qu’avec les 3 causes des pensées et les 3 strates en nous, l’Homme vit en général à la périphérie de ce qu’il est vraiment, de qui il est vraiment. Il passe son temps à donner l’absolu à des strates qui sont réelles mais non essentielles et ni vitales pour la vraie vie de l’âme, du noûs, et du cœur.
Or, avec quoi pouvons nous nous surveiller nous-mêmes, si ce n’est avec ce qui est prévu pour, c’est-à-dire le noûs ?!, pour cela il ne doit pas être éparpillé, ni illusionné, ni perverti.
C’est justement le noûs que le malin va attaquer le premier, parce qu’il sait que sa chute va entrainer tout le reste de l’Homme.
Aussi, si il y a au moins une perception à avoir en nous, c’est celle de notre noûs et de ces instruments : stabilité (contrairement à l’âme), bon sens, vivacité.
Nous voyons qu’il y a deux lieux de combat : en l’âme et pour le noûs.
Si nous disons « avoir » la foi, c’est un sentiment religieux de l’âme, au lieu de dire d’ »être » dans le Mystère de la foi. La foi qui est vie dynamique dans et par les Mystères Divins.
Saint Isaac le syrien : « Tant que l’âme n’a pas découvert l’ivresse de la foi, tant qu’elle n’en a pas perçu la puissance, elle ne peut ni guérir la maladie des sensations, ni dominer la matière visible qui lui bouche les choses du dedans. Elle ne sent pas ce qui en esprit (ici le noûs) naît de la liberté.(le travail de distinction pour la confession) »

L’âme par l’obéissance, l’ascèse, la sobriété, permet que la foi puisse éclore devant le noûs, c’est ainsi un don de l’Esprit-Saint, comme le buisson ardent devant Moïse.
1) l’âme se retire et fait de la place, 2) la foi en tant que don de vie en communion se révèle, 3) le noûs se l’approprie en tant que nouvelle nourriture et nouveau monde d’existence.

La purification du noûs consiste en une illumination dans les réalités divines et leurs méditations, mais après l’exercice des vertus : ascèse, vigilance, charité.
Ainsi sans dépouillement, l’âme ne peut pas être délivrée du trouble des pensées que sont les ressentis, les réactions, les passions ; et sans passer par un dessert des perceptions elle ne peut ressentir la paix qui est dans le noûs (par la présence de l’Esprit-Saint qui y est caché) et le noûs ne peut être délivré et vivre l’expérience du buisson ardent.
Le noûs s’éveille au labeur par la foi, et il peut s’épanouir dans son vrai rôle que lorsque l’âme s’est enfin limitée, puis le noûs est fortifié en recevant plus encore la nouvelle nourriture que sont les Mystères Divins.

Par exemple un type de changement lorsque le noûs prend son rôle de « gouvernail » de l’âme : il y a une différence entre le « goût » de Dieu et chercher « une aide » pour son quotidien.
Avant cela, dans nos illusions, nous sommes incohérents : par exemple, vouloir pratiquer la prière de Jésus et être incapable d’obéir aux préceptes de l’Eglise, de l’évêque ou du prêtre, alors que le Christ n’a été que dans l’obéissance, depuis l’incarnation jusqu’à sa mort sur la croix.
Ou bien, dire « notre » Père et avoir un intérêt que pour sa vie spirituelle, « avoir » la paix et acquérir quelques dons ou charismes. Ou bien encore, vénérer la très Sainte Mère de Dieu qui méditait et gardait ces choses (les Mystères Divins) dans son cœur, et n’en faire qu’a sa tête concernant ce que l’Eglise nous donne à croire au sujet des dogmes.

Le moteur profond de ces incohérences, n’est pas l’âme, la blessure est plus profonde encore, mais c’est la « malice » du noûs perverti par le trompeur.
Si la foi, même au début du chemin lorsque c’est une foi d’enfant, est le moteur de l’éveil du noûs, la concentration va être le signe de l’éclosion des premiers fruits de l’Esprit-Saint dans le noûs, car la réflexion et la contemplation des Mystères Divins attire l’Esprit-Saint.
De plus en plus libéré du joug des passions, autant les siennes que celles de l’âme, le noûs pourra enfin jouer son rôle d’œil de l’âme, celui qui sait et peut lorsqu’il a retrouvé sa force, stopper toute tentations, car c’est vraiment sa force : vérifier ou stopper tout ce qui se présente à l’âme.

Habituellement le cœur est le coffre où se trouvent cachées toutes sortes de choses, le cœur devenu « boite de pandore » qu’il ne faut surtout pas toucher et encore moins ouvrir sans précautions. Après tout ce travail que nous venons de décrire, le cœur qui a fait le vide et de la place par la confession, peut être rempli de trésors magnifiques, qui sont, et les efforts efficaces utilisés vers l’amour de Dieu, et les expériences ineffables qui sont les réponses de Dieu.
C’est cela l’expression de dire : maintenir le noûs dans le cœur.

Le cœur n’est pas le lieu de nos sentiments, cela c’est l’âme. Le cœur est le lieu de nos trésors ; avant il était le lieu où pouvaient se trouver des choses inavouables et laides, et cela « vrille » notre cœur.
Mais le cœur peut et doit être le tabernacle où demeure Dieu et son souvenir et sa joie.
Pour le purifier !:… revenir au début de l’exposé !…

Père Joël

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