Bien vivre le lien entre la Confession et la Communion

L’étude ici est pour comprendre pourquoi la confession est nécessaire malgré le fait que le prêtre dit avant de communier: un tel…communie pour la rémission des péchés, la guérison de l’âme et du corps et la vie éternelle.

Nous vivons, nous prions et nous « théologisons » dans un monde où notre foi chrétienne vit pourtant un divorce : entre la vie dans le monde et l’Eglise, entre la culture chrétienne et la société. Ceci est accepté comme une idée évidente par elle-même, mais il est important pour nous d’essayer de comprendre cette expérience de « grand écart » qui nous met dans « une situation schizophrénique ».

« Il y a un type de théologie qui cherche un langage commun avec le monde, et elle fait ceci en adoptant un discours qui dit que c’est le monde qui détermine les préoccupations de l’Église. Une théologie à la recherche désespérée d’un langage commun avec le monde, une théologie qui trouve ce langage dans le discours du monde même.

Il y a une autre tendance : le triomphe de la thérapie. Nous développons une théologie thérapeutique, parce que notre monde est thérapeutique. Nous essayons toujours d’aider les gens. Le patient dans un hôpital cosmique, constamment en traitement avec néanmoins une promesse de guérison totale et d’immortalité. Ici le mot « spiritualité » est prononcé plus souvent que le nom de Jésus Christ. » Père Alexandre Schmémann.- Liturgie et Eschatologie.

« Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son fils unique » (Jn 3, 16) telle est la clé pour dépasser la dualité que nous venons de décrire.

Dieu n’a pas donné un « communisme chrétien », ni une thérapie, mais SON FILS, et ceci implique quelle est « la fin » de l’Eglise.

« Pourquoi les deux premières approches se sont elles exclues mutuellement ? Voilà notre problème. Que s’est-il passé dans l’histoire de l’Église, dans l’esprit chrétien, qui nous a conduits aujourd’hui à cette exclusion réciproque, à cette polarisation, non seulement en théologie comme telle mais dans la vision du monde lui-même ? La réponse se trouve dans l’abandon, à un moment très tôt dans l’histoire de la chrétienté, de la dimension et du fondement eschatologiques de la foi chrétienne. » Père Alexandre Schmémann.

L’eschatologie n’est pas seulement la compréhension du monde à venir, mais c’est la dynamique interne de l’Eglise et des sacrements, comme le cœur qui pulse dans le corps de l’homme. Qu’est ce qui fait que le cœur bat : le sang qui passe dedans ou la vie de l’âme qui fait que le muscle se met à battre ? De même, l’eschatologie est cette pulsion mystérieuse dans l’Eglise et ses sacrements.

« Au fur et à mesure de l’histoire, les théologiens ont oublié la fonction absolument unique du culte chrétien qui englobe « toute spéculation théologique », et si cela devient une « spéculation » c’est qu’il y a un début d’erreur. La théologie en est ainsi venu à définir finalement les sacrements comme rien de plus que des « canaux de la grâce », et la théologie sécularisée moderne les a transformés maintenant en des « canaux d’assistance ». Mais dans leur réalité, les sacrements doivent être considérés comme le centre même (la pulsion cachée) de la compréhension et de l’expérience eschatologique de l’Église. Toute la Liturgie doit être considérée comme le sacrement du Royaume de Dieu ; il faut voir l’Église comme la présence et la communication du Royaume à venir. » Père Alexandre Schmémann.

Le Crédo exprime la vie, la manifestation de cette « pulsion » : « Mais lorsque la plénitude des temps fut venue, Tu nous as parlé par ton propre Fils, » canon de saint Basile. Mais en Occident, d’autre part, une fois que la dimension eschatologique des sacrements fut oubliée, il s’y développa un accent permanent sur la notion de Présence réelle. Ceci est très important pour la valeur de notre préparation à la communion, car l’Occident en établissant une différence très nette entre le symbole et la réalité, est devenu obsédé par des questions sur la causalité et le moment précis de la consécration et de ce fait la réalité de la préparation.

La célébration eucharistique n’est pas une chose célébrée par le clergé pour le bien des laïcs qui « assistent ». C’est plutôt l’ascension de l’Église à la place où elle doit être, non pas « au ciel », mais « le ciel sur la terre ». Ainsi c’est son retour dans ce monde : son retour avec puissance pour prêcher le Royaume de Dieu à la façon dont il fut prêché par le Christ lui-même.

« Voici, je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5). Notez que le Christ ne dit pas : « Je crée de nouvelles choses », mais « toutes choses nouvelles ». Telle est la vision eschatologique qui devrait marquer notre célébration eucharistique le Jour du Seigneur.

« De nos jours, nous considérons le Jour du Seigneur comme le septième jour, le Sabbat. Pour les Pères, c’était le huitième jour, le premier jour de la création nouvelle, le jour où l’Église ne se souvient pas seulement du passé, mais elle se souvient du futur, elle entre véritablement dans le futur, le dernier et grand jour.

Il ne faut pas davantage de piété liturgique. Au contraire, un des plus grands ennemis de la Liturgie est la piété liturgique. Nous ne pouvons pas considérer la Liturgie comme une expérience esthétique, ni comme un traitement thérapeutique. Sa seule et unique fonction est de nous révéler le Royaume de Dieu. C’est cela que nous commémorons éternellement. » Père Alexandre Schmémann. – Liturgie et Eschatologie.

Encore une fois, tout ceci est très important pour une juste préparation à la Divine Communion.

Luc 14

21 Le serviteur, de retour, rapporta ces choses à son maître. Alors le maître de la maison irrité dit à son serviteur : Va promptement dans les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux.

22 Le serviteur dit : Maître, ce que tu as ordonné a été fait, et il y a encore de la place.

23 Et le maître dit au serviteur: Va dans les chemins et le long des haies, et ceux que tu trouveras, contrains–les d’entrer, afin que ma maison soit remplie.

24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon souper.

Nous sommes maintenant face à la double exigence d’être invité au banquet et donc de manger ce qui est offert, et de bien se préparer ; les deux attitudes qui feront honneur au maitre de banquet. Tout le premier développement faisait référence au fait d’être invité au banquet et de ce fait de manger aussi.

Voici maintenant concernant le fait de se préparer et nous pensons tout de suite au sacrement de la confession.

Le but de la confession n’est pas de « se mettre en règle » avec l’Eglise, ni envers notre conscience: par exemple, je me suis confessé et j’ai reçu l’absolution donc je suis préparé et pur pour recevoir la communion!!!… non, le but de la confession c’est le repentir et exclusivement le repentir. Une confession avec l’absolution sans le repentir, c’est une confession où il n’y a que la moitié du travail qui a été fait. Le repentir vient avec l’éveil de la conscience, mais pas la conscience de ce que je dois faire dans l’Eglise, (car ici nous risquons les deux schémas d’une morale pour le monde ou d’une thérapie pour le quotidien, dont nous avons parlé au début) mais l’éveil dans la conscience que quelque chose me manque; ce quelque chose qui est la perception de Dieu dans ma vie, c’est à dire qu’il est l’essence de ma vie, le moteur et le but de ma vie, la perception de cette «pulsion », « le fil rouge » de ma vie dans le temps eschatologique dont nous avons aussi parlé au début.  Et c’est cela que j’ai perdu, et le fait de l’avoir perdu me bouleverse; doit me bouleverser et là commence le repentir, alors la confession devient un acte en vérité qui me change parce que tout cela m’a impliqué et me met en mouvement. Mais attention à notre ferveur :

« Toutes nos requêtes sont comprises dans « Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi, pécheur. » nous ne devons pas encombrer notre prière de demandes, car derrière nos paroles et nos mobiles, même s’ils sont spirituels, se cache notre égo. L’égo de l’homme est tellement enfoui dans ses profondeurs, qu’il se tapit aussi derrière les choses les plus sacrées…/… Lorsque nous demandons, nous demandons pour nous-mêmes. Nous ne le comprenons pas, parce que nous cachons notre requête derrière le plan de Dieu, et nous pensons servir Dieu, agir pour lui. En réalité quand l’homme cessera d’attendre quelque de Dieu, même si c’est quelque chose de spirituel, et qu’il s’abandonnera à sa miséricorde, alors la Grâce viendra.» Archimandrite Aimilianos – le culte divin.

« Ainsi l’affliction devant Dieu est un mode de vie. Elle purifie l’intellect, nettoie l’âme –(de ses illusions)- et la rend capable de recevoir les consolations divines. » Métropolite Hiérothéos de Nafpaktos. – Science thérapeutique des Pères de l’Eglise.

Et si nous nous disons « je n’ai rien à dire, je ne vois pas » c’est au moins cette ignorance-anesthésie qu’il faut confesser.

Enfin, ce n’est pas non plus le moment de transformer le sacrement en « décharge émotionnelle », le prêtre n’est pas là pour ça, il est aussi un homme pécheur et il n’est pas là pour être chargé d’émotions, mais il est témoin du repentir de son frère devant Dieu.

Père Joël

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